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Patricia Disset, Mestresso d’Obro dóu Felibrige

Une cigale pour la fourmi

On ne peut pas être plus éloigné de la fable de la Fontaine qu’avec cette fourmi et cette cigale.

Patricia est une fourmi, mais celle-ci est préteuse, bienveillante. Elle vous donnerait son âme si elle n’avait pas tant de gens à accompagner. Certes, comme dans la fable, elle travaille dur. Tout en ne laissant rien paraître, elle veille, organise, structure, planifie, anime, participe... Mais surtout, elle transmet et partage.
On associe souvent la tradition à la "maintenance" de coutumes. Là n’est pas la définition de la tradition qui est "l’Action, la façon de transmettre un savoir, abstrait ou concret, de génération en génération par la parole, par l’écrit ou par l’exemple". Dans son être, elle est l’incarnation de cette tradition. Le grand mât sans lequel le voilier ne fait que dériver au gré des courants et des vents. A la barre de l’Escolo d’Argènço, elle transmet tout ce qu’elle peut par "la parole, par l’écrit ou par l’exemple" des savoirs qui sont l’essence de notre terroir. Le port du costume n’est pas simplement une parade d’un jour au soleil sur les Lices. C’est un état d’esprit, une implication, qui y associe un lien familial, la grâce d’une danse, la musicalité d’une langue...

Dans la lignée de ses prédécesseurs, elle a, en tant que présidente, accepté ce rôle de matriarche. L’escolo est plus qu’une association, plus qu’un groupe : Une famille. Des liens sociaux forts existent au sein de ce groupe. Une envie de participer, de partager ensemble l’espace d’un instant un événement heureux, ou pas... Ce qui affecte l’un, affecte tous. Martine et Denis ont certainement esquissé un sourire en assistant à la remise de la cigale d’Argent de Mèstre d’Obro dóu Felibrige à Patricia par David Ribes ,Mèstre d’Obro dóu Felibrige, Président de la Société Félibréenne La Tour Magno, Sous-syndic du Félibrige pour le Gard.

Elle est gênée, mais fière de cette distinction... Patricia n’a pas l’habitude d’être l’objet de toutes les attentions.
Comprenez là... Elle n’a rien fait pour cela. Et pourtant, elle a tant fait qu’il serait vain de tenter de définir l’ensemble de son travail au sein de la tradition. De son côté, elle considère toujours sa formation comme un "petit" groupe, quelqu’un devra tenter d’expliquer à la présidente que ce n’est plus un petit groupe depuis longtemps. Au travers de la Maio, l’Escolo d’Argènço est même devenu un des piliers du pays d’Arles. Et il y en a peu.

Patricia est la tradition. Elle cultive au quotidien l’art d’être ensemble pour apprendre, vivre et partager.

La cigale d’argent peut chanter, accrochée à son revers. La fourmi et elle se sont réconciliées. Osco Patricia

Discours de David RIBES

Mèstre d’Obro dóu Felibrige
Président de la Société Félibréenne La Tour Magno
Sous-syndic du Félibrige pour le Gard

Chers amis
Un félibre de Nîmes, Jean-Henry BRUN, mon parrain en Félibrige, avait écrit en 1994 pour un ami honoré d’une cigale d’argent :
De passioun pendènt d’annado
De travai pendènt de mès
D’estrambord uno vesprado
La cigalo à toun revès

Ces quelques vers résument assez bien tout l’engagement de Patricia pour nos Traditions. Un engagement au quotidien, désintéressé.
La cigale qui s’est posée à Fourques et que nous fêtons aujourd’hui est la reconnaissance du Félibrige, de hautes qualités humaines, d’un savoir précieux et surtout, surtout d’un attachement à la transmission des éléments de notre Culture aux futures générations.
Elle ne fut pas attendue ou due, ou même souhaitée. Elle est largement méritée tout simplement.
Ne disons pas que Patricia est un modèle. Un modèle destiné seulement à être copié dans la mesure de ses moyens et de son savoir-faire. Patricia est unique, vous le savez.
Et puis Guy nous en voudrait d’avoir plusieurs Patricia à épauler, conseiller, soutenir... Non je vous en prie ménagez Guy, nous l’aimons tellement.
Notre amie est pour beaucoup un repère dans nos traditions, permettant de poursuivre notre chemin de la Maintenance. Ce repère est des plus rassurant car il repose sur des bases solides, des plus assuré tant il repose sur une culture solide et pleinement vécue.
Mais pourquoi ?
Comme nombre d’entre nous et de nos prédécesseurs, notre chère félibresse est issue de ce qui est appelé aujourd’hui, avec une trop grande modestie, « les Arts et Traditions Populaires ». J’oserai aujourd’hui le mot tellement galvaudé de « Folklore » parce que pour la mestresso d’Obro que nous célébrons, le sens de ce mot est noble :

« Science des coutumes, des usages et de l’art d’un peuple »

L’Etoile de l’Avenir d’Arles dont elle rejoint les rangs âgée de 15 ans est le groupement qui marquera pour longtemps son engagement pour nos traditions, l’âge auquel les jeunes filles de notre terroir prêtent serment de porter toute leur vie fièrement « lou riban et lou vèsti arlaten ». _« Appartenir à un groupe », comme on le disait fréquemment dans ce milieu, est la façon la plus sûre de prendre conscience de la richesse de son terroir et de la quantité de travail qu’il faut déployer pour arriver à un résultat, pour ne rien dévoyer, pour que chaque geste garde la force de sa symbolique. _Vous pensez bien que Patricia n’a pas choisi la voie de la facilité. Mais comme l’a écrit Virgile (Les Géorgiques)
Labor omnia vincit improbus : Un travail opiniâtre vient à bout de tout
C’est l’art sublime de la Danse dite de tradition militaire qui aura le privilège de ses faveurs, art où la transmission est l’élément primordial de l’enseignement, laissant cependant une place importante à la créativité, en témoigne la multiplicité des chorégraphies pour un même thème musical.
C’est un art exigeant, magnifique, s’il est pratiqué avec passion et rigueur. L’art qui aura les faveurs d’un jeune roi de France qui deviendra l’un des plus grands, un art où l’on doit être sincère dans sa pratique.
Travail, Passion, Transmission, Exigence : ces valeurs sont celles de Patricia, danseuse qui au fil du temps a exploré maintes facettes du répertoire traditionnel, mis en valeur par le port du costume du Pays d’Arles que bien des régions et des pays nous envient.
Mistral nous a laissé un sage conseil dans La Fèsto Vierginenco ( Lis Óulivado), conseil que Patricia a suivi dans sa vie inconsciemment, en mettant en valeur l’importance de ce combat :
La couifo estrecho,
Mirèio la pourtè ;
Sa man adrecho
N’en couneissié l’estè.
Se voulès triounfla,
Chato, counservas-la ;
E voste pur velout,
O rèino, gardas-lou.

Patricia se passionne pour le Costume. Son savoir dans ce domaine est reconnu car son approche est dictée par une phrase : S’attacher à ce que l’on réalise ait du sens.
Est-ce que cela a du sens ?
C’est une question que se pose régulièrement notre amie. Un questionnement constant qui lui permet de progresser, d’avoir le courage de se remettre en question dans ses connaissances mais aussi de faire progresser les autres car la transmission est un marqueur important de son action.
Cette interrogation et les réponses que l’on peut y apporter permettent de considérer nos traditions dans leur ensemble, de penser que la Tradition est un tout. Frédéric Mistral avait bien compris qu’il est nécessaire de transmettre tous les éléments de nos traditions pour que notre héritage culturel ait du sens.
Patricia a très bien compris que les traditions ne valent la peine d’exister que si elles sont fidèlement cultivées puis transmises. Entrée à l’Escolo d’Argènço en 1999, Patricia en devient la présidente en 2010, succédant à ses très chers amis Martine et Denis.
Son action d’ampleur envers les plus jeunes est exemplaire, favorisant l’implication de jeunes générations dans nos coutumes, d’avoir accès à la langue de leurs aïeux et ainsi de vivre dans leur temps, riches d’un trésor partagé : notre Patrimoine.
Car comme l’a écrit lou Mèstre de Maiano (La Cansoun dis Àvi) :
Ounour à nòstis àvi […]
[…] An viscu,
An tengu
Nosto lengo vivo ;
An viscu
An tengu
Tant coume an pouscu !

J’y ajouterais, martialement, en référence à l’art du sabre japonais que la transmission de tout savoir est :

«  I SHIN DEN SHIN » c’est à dire « De mon âme à ton âme ».

Je te remercie chère Patricia pour tout ce que tu fais, pour qui tu es car, te cotoyer nous enrichit, tes valeurs sont un trésor que tu nous permets de partager. _ Il me reste à TE dire que c’est un privilège de t’avoir comme amie, je pense que sur ce sujet comme sur tant d’autres nous serons d’accord.
Il me reste à VOUS dire que :
« Patricia DISSET fai obro de transmessioun dóu patrimòni dins lou terraire fourcaten en creant de proujèt culturau de qualita mounte se mesclon lengo, danso, musico e vèsti arlaten , proujèt mena emé la colo de l’Escolo d’Argènço. Meno en particulié uno acioun impourtanto de transmessioun de la Culturo e de la Lengo Nostro devers li mai jouine en ourganisant la Fèsto de la Maio de Fourco. Es demai uno referènçi dins la couneissènço dóu costume dóu pais d’Arle. Sis auti qualita umano porton uno fe felibrenco di mai sincèro. » (Dossier de demande Felibrige)
Pèr aquèlis acioun de qualita , ai l’ounour d’espingoula à ta capelo, caro Patricia, la Cigalo d’Argènt de Mestresso d’Obro dóu Felibrige.
Vivo Patricia !
Vivo L’Escolo d’Argènço et la Tour Magno !
Vivo Prouvènço e Lengadò !
E vivo Fourco !

mardi 17 mai 2022, par Alain Mistral, David Ribes, Eric Blanc

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©Eric Blanc, 2013
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