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La 456e bravade de Saint-Tropez

Saint-Tropez était jusqu’à il y a un demi-siècle un petit village de pécheurs, au passé glorieux, et aux légendes illustres.

Le patron de la ville Saint-Tropez y a accosté il y a fort longtemps...
Ministre de Néron, il déclara sa foi chrétienne à l’empereur fou après le passage à Rome des apotres Saint Pierre et Saint Paul.
Néron, qui avait incendié la ville et fait accuser les chrétiens, ne pouvait pas supporter cette révélation, quelles que furent les qualités de cet homme en qui il avait toute confiance. Refusant d’adjurer sa foi, il fut condamné à périr. Satellicus devait s’en charger. Il le fit d’abord jeter en pâture aux fauves, sans succès, les lions ne le touchèrent pas. Il décida ensuite de le faire flageller, en dépit des lois romaines jugeant ce supplice trop humiliant pour un citoyen romain. En écho à la prière de Tropez, ses liens se brisent et la colonne s’effondre sur le torsionnaire. Furieux, Silvinus, le fils de Satellicus entreprend de frapper Tropez. Il est retenu au prétexte qu’il lui faut une mort moins douce. Il est étendu sur une roue garnie de pointes, qui se brise quand on l’y attache.
Le lendemain, il est de nouveau jeté aux lions, dans l’amphithéâtre. Le premier lion meurt lorsque le saint se signe, le léopard se couche à ses pieds. Convaincu qu’il fallait le briser, Silvinus le fait conduire au temple de Diane pour que Tropez offre de l’encens à la déesse. Mais le temple est mystérieusement détruit.
En désespoir de cause, Silvinus le conduit sur les rives de l’Arno où il lui tranche la tête qu’il jette au fleuve. Le corps subira le sort des patricides tel que décidé par la loi de Pompée. Il est installé dans une barque vermoulue, avec un coq et un chien [1]. Tropez meurt le 29 avril de l’an 68.

La barque accoste enfin aux abords de la ville d’Héraclée en mai. Les restes du saint sont placés dans une chapelle le 17 mai 68.

Le Saint est célébré encore aujourd’hui à Pise où des chrétiens avaient conservé la tête du Saint et à Saint Tropez, où sont les reliques. Autour de ce dernier village, les villages de Cogolin [2] et Grimaud [3] achèvent de graver dans la terre les échos de cette légende.

Les Bravades.

A la chute de l’empire romain, la région subit de nombreuses attaques de la part des Sarrasins qui s’installent durablement. Au XVe siècle, relancée par les Gênois, elle accède au statut de "Ville Franche" et peut lever sa propre armée. Elle nomme son premier capitaine en 1558. Cette armée lutte pour défendre la ville contre pirates et envahisseurs, jusqu’à l’abolition de ce privilège par Colbert en 1672. C’est une garnison royale qui oeuvre à la sécurité. Pour autant, le corps de garde n’est pas dissous, et le Capitaine continue d’être nommé chaque année, et la Bravade continue à honorer son saint chaque année, les 16, 17 et 18 Juin.

Le capitaine et son état major sont nommés traditionnellement le lundi de Pâques. C’est le Cepoun [4] Serge Astezan, qui nomme traditionnellement le Capitaine de Ville. En 2014, René Rocchietta reçoit la lourde charge de mener la Bravade. Président des fifres et tambours depuis 1999, René participe à la bravade depuis son plus jeune âge. D’abord en jouant du tambour, puis mousquetaire et enfin garde-Saint.

L’état major est complété pour cette 456e bravade par son fils Jean-Rémy, major, Loïc Amann enseigne et Tom Folco enseigne du major.

L’hommage au saint suit un cérémonial immuable. Durant trois jours, les tropéziens vont vivre au rythme des passages des fifres tambours et des processions des saints.
Le 16 Mai, la journée s’ouvre par une salve d’Artillerie et les aubades aux autorités, se poursuit par la réunion du coprs de Bravade, la prise de la pique, la bénédiction des armes et se termine par la petite bravade.
le 17 mai, la messe des mousquetaires est suivie par une procession générale à travers la ville, avant la réunion du corps de Bravade et la Grande Bravade de l’après midi. La journée se termine par la rédition de la pique et du drapeau.
Le 18 Mai, une messe d’action de grâces précède un pique nique traditionnel.

Les moments forts de ces trois jours sont d’une part la grande procession qui suit la messe du 17 mai. Le Saint est porté au long des rues de la ville fermant un long cortège dans lequel il est précédé par Saint Hem, Sainte Ursule et Saint Roch porté par les membres du Rampèu, Saint Pierre et la Barque contenant le corps du Saint le coq et le chien portés par les Marins et enfin les mousquetaires. D’autre part la série de saluts et d’hommages du capitaine de ville et de son enseigne lors de la Grande Bravade, saluts ponctués de salves des mousquets des marins et des mousquetons des bravadaires.

Ces mousquetaires offrent au saint et aux autorités un hommage appuyé et sonore qui ne peut se décrire par des mots. Il faut y être, sentir la poudre, ressentir les détonations, apprécier le cérémonial empreint des presque 500 ans de son vécu.
Nous vous proposons de revivre ici quelques morceaux de cette 456e grande bravade. Dans la série de 11 vidéos ci dessous, vous verrez l’arrivée du corps de Garde, et entendrez différents saluts au Saint, aux autorités, à la marine...
Découvrez la Bravade :

dimanche 18 mai 2014, par Eric Blanc

En images

Notes

[1] Dans la loi, une vipère et un singe complètent le bestiaire, et le coupable est placé dans un sac.
[2] petit coq
[3] chien en vieux français
[4] gardien des traditions
©Eric Blanc, 2013
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