Accueil du site > Art > Deux artistes méridionaux, Ferdinand et Henri PERTUS

Deux artistes méridionaux, Ferdinand et Henri PERTUS

Ferdinand PERTUS (1883-1948) et son fils Henri PERTUS (1908-1988) sont des peintres languedociens attachés à la culture, à la langue et aux traditions qui unissent les deux rives du Rhône. Tous les deux ont fréquenté les félibres et les poètes provençaux. Alors que le père qui était notaire a connu Frédéric Mistral, le fils qui a vécu de son art à Toulon a gravé un portrait du poète de Maillane et illustré ses ouvrages, Mireille et Calendau. Témoins d’époques différentes, le style des deux hommes divergeait. Les sujets peints par le père étaient travaillés dans le moindre détail, tandis que le fils les réduisait à un minimum de traits particulièrement expressifs. Ils étaient tous les deux des artistes réputés et ont ensemble exposé leurs œuvres lors de l’exposition du Centenaire de Mistral à Nîmes en 1930.

Ferdinand PERTUS

C’est un homme du Midi puisqu’il est né le 3 novembre 1883, à Capestang dans l’Hérault, le pays de sa mère, Berthe Massot. Son père qui s’appelle également Ferdinand est né à Tarascon ; celui-ci a fait toute sa carrière dans la banque Arnaud-Gaidan et a travaillé à Béziers, Nîmes et Avignon. Ferdinand Pertus a vécu à Nîmes, 20 rue Saint-Mathieu à partir de 1890, puis dans la cité des papes, rue Pétramale de 1900 à 1907.

A dix-huit ans, il est entré à l’école des Beaux-Arts d’Avignon que dirigeait le peintre Pierre Grivolas, un ami de Mistral et des premiers félibres et en 1907, il a épousé Hélène Fulconis, la fille d’un sculpteur Victor Fulconis (1851-1913) qui était son professeur à l’école des Beaux-Arts d’Avignon ; c’est la petite-fille du sculpteur, Guillaume Fulconis (1818-1873) qui avait ciselé la fameuse “ coupo santo ” offerte à F. Mistral en 1867. Bien qu’attiré par les arts, il décide pour satisfaire son père, de devenir notaire : il est clerc à Avignon en 1906, puis chez Maître Martin à Nîmes, en 1907.

Il avait le choix entre deux études, l’une à Beaucaire, l’autre à Marguerittes, près de Nimes ; il a choisi celle de la plus petite des communes parce qu’elle était moins importante et qu’il espérait avoir d’avantage de temps pour ses loisirs. Ferdinand Pertus s’est installé à Marguerittes, dans la maison de l’ancien notaire qu’il a remplacé en décembre 1910. Il a exercé sa charge chez lui, dans son bureau, au rez-de-chaussée de sa maison.

Il se lie avec le juge de paix de Marguerittes, le félibre Joseph Bourrilly1 [1]. Il reçoit chez lui, des artistes, des félibres, des poètes provençaux, tels que Charloun Rieu, Baptisto Bonnet, Jeanne de Flandresy, Antoine Chamroux, le musicien Mager, mais aussi son ami le député socialiste Hubert Rouger, maire de Nîmes de 1925 à 1940. Il est également très lié avec le peintre nîmois installé à Graveson, Auguste Chabaud (1882-1955) qu’il a connu à l’école des Beaux-Arts d’Avignon et que son fils Henri admirait par-dessus tout.

En 1926, il achète un bâtiment voisin de sa maison, l’ancienne remise d’un charron, dans laquelle il se réserve une grande salle qui lui sert d’atelier de peinture et communique directement avec son bureau. Le reste du bâtiment devient un garage.

La peinture est sa passion. Il reçoit parfois ses clients, la palette à la main. Il peint des paysages à l’huile, fait des portraits. Peu à peu, il abandonne les grands formats et choisit les enluminures et la gouache. En 1918, il crée l’Effort, revue littéraire et artistique, édité à Nîmes et dirigé par Jean Camp ; il en devient l’illustrateur. Il fait des enluminures pour les poèmes de Jean Camp et Henri Bellue (Dr Henri Colomb). Ferdinand Pertus fait quelques expositions à Nîmes, expose à Paris au Salon des Artistes Français en 1923, anime de 1928 à 1939 les salons des Amis des Arts à Nîmes, dont il est le secrétaire général. En juillet 1930, avec Georges Martin (1905-1981), Majoral du félibrige, il organise le salon du Centenaire de Mistral qui présente dans la galerie Jules-Salles, des peintures, gravures, sculptures, manuscrits et livres rares [2]. Il reçoit la Légion d’honneur le 20 octobre 1937 et l’Académie de Nîmes qui lui décerne le prix Jules Salles le 17 décembre 1940, lui ouvre ses portes le 13 décembre 1947. A l’occasion des Fêtes du Rhône, il organise en juillet 1947, le salon des Rhodaniens.

Entre 1930 et 1935, il réalise à la demande d’Hubert Rouger, vingt-deux tableaux sur l’histoire de Nîmes qui ont longtemps décoré la salle des mariages de l’hôtel de ville. Il illustre le livre de François Mauriac, la Vie de Jésus, qui ne peut paraître en 1941 à cause de la guerre, mais en 1948 [3]. Il réalise également deux illustrations représentant des scènes d’histoire locale, pour le livre de Chauvet, Itinéraire au pays d’Oc, en 1946 [4]. Il décore les canons de l’église de Marguerittes, exposés solennellement lors de la déclaration de guerre, en 1939, sur l’autel où ils sont restés jusqu’au concile de Vatican II.

Ce Monsieur bienveillant, plein de malice et de joie de vivre donne le soir, aux enfants de l’école, des leçons de dessin et les émerveille avec un spectacle de théâtre d’ombres représentant la Nativité.

A la fin de la guerre, il confie son étude à son fils Marc qui devient notaire de Marguerittes de 1944 à 1952.

En 1943, il s’est retiré dans une grande maison achetée en avril 1935, à Saint-Martin-de-Castillon, un village du Lubéron, près d’Apt, qu’il a fréquenté à partir de 1916. Il a une santé précaire qui lui a valu de n’être mobilisé qu’en 1916 dans le service auxiliaire ; et encore en 1917 a-t-il passé plus d’une année en traitement à l’hôpital militaire de Marseille. Depuis l’âge de sept ans il souffre de rhumatismes articulaires.
A l’automne 1947, il est terrassé par une violente crise cardiaque ; sa maladie l’empêche d’être reçu solennellement à l’Académie de Nîmes qui l’a élu le 13 décembre 1947.

Un an plus tard, il meurt, dans sa soixante-cinquième année, le 18 novembre 1948, à 13 heures, muni des Sacrements de l’Eglise. Ses obsèques sont célébrées le samedi 20, à 10 h 30 à Marguerittes, puis à 11 h 30 au cimetière Saint-Baudile, à Nîmes où il repose parmi les siens. A cette occasion le président Gouron retrace l’image qu’il laisse à tous : “ Notre confrère portait dans ses clairs yeux bleus toute la joie que la réussite dans la pratique d’un art confère à celui qui est marqué par le don. Joyeux, bon, tolérant, il était un vrai citoyen de notre pays, chaleureux ; son chantre en couleurs… ”.

Henri PERTUS

Né à Nîmes le 28 juillet 1908, Henri Pertus [5] a passé la plus grande partie de sa jeunesse à Marguerittes où il est venu avec ses parents à l’âge de deux ans, en 1910. Dans ce village, où son père, Ferdinand Pertus, a exercé la charge de notaire de 1910 à 1943, il s’est imprégné de lumière et de couleurs. Auprès de cet homme qui avait la passion de la peinture et l’amour de la Provence, il a trouvé sa vocation et un appui.

A seize ans Henri Pertus a participé à des expositions et vendu ses premiers tableaux. Après avoir passé un baccalauréat littéraire au lycée de Nîmes puis fréquenté l’école des Beaux-Arts de sa ville natale, il a été reçu en 1927 au concours de l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs et aux Beaux-Arts de Paris. Il a eu pour professeur Ernest Laurent, un néo-impressionniste qui travaillait avec des petites taches de couleurs et était fasciné par les peintres du Quatrocento : Giotto, Fra Angelico, Pierro de la Fransesca, Boticelli… Son séjour de cinq ans dans la capitale va lui permettre de parfaire sa formation dans trois disciplines : la peinture de chevalet, la gravure et la fresque.

La technique de la fresque délaissée au XVIe siècle a été retrouvée au début du XXe à la faveur d’un nouvel intérêt pour la peinture italienne. Grâce à de nouveaux procédés d’assainissement des murs et à la découverte de l’intonaco, elle est désormais plus durable que la peinture à l’huile directement appliquée sur le mur. En 1931, avec d’autres élèves et sous l’autorité de Ducos de la Haille (1889-1972), il a peint sur 600 m2, en moins de neuf mois, la grande fresque du musée des Colonies construit pour l’exposition coloniale à Vincennes (c’est aujourd’hui la Cité nationale de l’histoire de l’immigration) .

La même année, il a fait à Marguerittes, dans la maison paternelle, une fresque représentant la Nativité ; le cadre en est la garrigue avec en toile de fond un village avec la maison familiale. La Sainte Famille est entourée du peintre et de tous ses parents et amis ; on y voit plusieurs habitants de Marguerittes, une femme portant une coiffe d’Arlésienne, le peintre André Clair avec son béret, Ferdinand Pertus avec un chapeau de feutre ; Henri Pertus s’est représenté avec la main gauche posée sur l’épaule de sa fiancée.

Il a également peint, à l’extérieur de la maison, sur le mur du jardin, une fresque dont il ne reste plus de trace et qui illustrait une scène du poème de Mistral, Calendal.

Le 6 août 1932, il se marie à Marguerittes avec Paule Fulconis, élève à l’Ecole normale supérieure de Sèvres. Le hasard des affectations fait qu’elle est nommée professeur de lettres classiques à Toulon où ils s’installent.

Henri Pertus a toutefois beaucoup travaillé à Nîmes. Avec André Clair, il se sont partagé en 1936 la décoration des murs de la salle des séances de la nouvelle Chambre de commerce de Nîmes ; les fresques qu’il a peintes représentent les principales villes du département, les hommes célèbres qui ont illustré le commerce et l’industrie de Nîmes ainsi que des scènes qui évoquent les richesses du Gard, la soie, l’huile et les châles. Il a également décoré l’école de la Gazelle et en 1935 l’Ecole pratique (actuel lycée Dhuoda).

Cet artiste aux yeux bleus est un homme réfléchi, généreux, modeste, d’une grande bonté, sensible à la beauté de la nature, un contemplatif, admirateur de St François d’Assise, qui l’âge venu s’est donné à la foi chrétienne. Peintre, fresquiste, graveur, céramiste, imagier, c’est un artiste complet. Il a notamment gravé un portrait de Frédéric Mistral et illustré la Messo en lengo nostro de l’Abbé Petit. Il a peint la campagne, la vie rurale et les chèvres pour lesquelles il éprouve une prédilection. Partisan engagé du félibrige, il a publié beaucoup d’illustrations dans la revue de l’association varoise pour l’enseignement du provençal et dans des ouvrages de langue provençale.

Grand paysagiste et virtuose de la sérigraphie, il reçoit la médaille d’or de la gravure, à l’exposition Universelle de Paris en 1937. Il obtient le Grand Prix de la ville de Toulon en 1947, le Prix de la jeune peinture à Nice en 1949, la médaille d’argent de la ville de Paris en 1957, le Grand Prix de l’imagerie religieuse en 1958.

En 1942, il se réfugie, avec les siens à Saint-Martin-de-Castillon dans la maison familiale de vacances où il réalise deux albums de gravures : Les Saints de Provence et Notre vieil Apt.

Revenu à Toulon en 1945, il y est nommé professeur à l’Ecole des Beaux-Arts, où tout en accomplissant son œuvre personnelle, il forme, jusqu’en 1975, l’élite des jeunes artistes de l’Ecole toulonnaise. Il se passionne aussi, pour la céramique mise au service de l’art sacré, ou de la culture.

Décorateur d’églises, il a fait de nombreux chemins de croix, notamment celui de l’église Sainte-Thérèse du Pont-du-Suve à Toulon. Il décore également les églises Saint-Vincent-de-Paul à Montéty et Saint-Flavien au Mourillon.

Il a exécuté des céramiques dans l’église de Saint-Martin-de-Castillon dans le Lubéron, la chapelle de l’hospice de Saint-Saturnin-les-Apt, le lycée Bonaparte de Toulon, l’école de la Serinete, l’école François-Fabié de la Valette, la façade de la librairie Charlemagne sur le boulevard de Strasbourg, l’autel de Notre-Dame-du-Mai. Dans la chapelle N-D de Courennes, il a fait les maquettes des vitraux qui ont été réalisés par son cousin Louis Fulconis.

Il a peint des fresques dans l’église du Pont-du-Suve mais aussi dans celle de Brûlat et à la maison des maîtres boulangers de Toulon. Plusieurs de ses décors sont faits à la fresque sur fond de chaux frais ; c’est selon lui, un travail passionnant et qui oblige à de beaux tons d’ocre.

En 1968, il réalise la tapisserie aux sirènes ; confectionnée à Aubusson, elle orne la salle du conseil d’administration de la Caisse d’épargne de Toulon.

Il collabore à de nombreux ouvrages : [6] « Jeanne d’Arc » de L. Madelin , « Sara la brune » de N. Judlin, « Lou Cansoumie de la Targo », « Poueto prouvençau de Vuei », la tapisserie de la Mar de Delavouët. Ces illustrations témoignent de son attachement pour la culture et la langue provençale. On lui doit des illustrations précieuses des “ Pouemo Francescan ” de Marius Jouveau qui s’accordent bien avec sa foi personnelle. A la fin de sa vie, il a réalisé une série de gouaches illustrant une édition bilingue des Rois Mages, “ Rèi Mage ”, conte de Noël écrit en 1906 par Frédéric Mistral, publiée en 1986 aux éditions La Poterne.

Lorsqu’il meurt, à Toulon le 19 février 1988, Enri Pertus est inhumé au cimetière de Saint-Martin-de-Castillon, dans cette terre de Provence qu’il a tant aimé peindre.

lundi 27 avril 2009, par Bernadette, Pierre Faget

En images

Affiche Frédéric Mistral par Henri Pertus Autoportrait d'Henri Pertus F. Pertus Ferdinand Pertus H. Pertus Les Saintes Maries H. Pertus Sainte Marthe L'arlésienne F. Pertus : La Vie de Jésus F. Pertus : La Vie de Jésus F. Pertus : La Vie de Jésus

Notes

[1] Joseph Bourrilly (1878-1929) a été juge de paix à Marguerittes où sont nées ses filles Magali en 1908 et Jeanne Elise en 1911 ; il habitait la maison du clos Bonnoure, rue Alphonse Daudet. Il a fondé en octobre 1898, avec d’autres étudiants de Toulon, amoureux du provençal, une école félibréenne, la Targo et publié un journal du même nom en 1899-1900. Il fut le premier président de l’Escolo Mistralenco et aida Frédéric Mistral au muséon Arlaten ; il publia de nombreux ouvrages sur l’ethnologie, l’archéologie, des guides touristiques sur Nimes, Arles, les Baux. Il est connu surtout pour son roman la Rèino Sabo (la Reine de Saba). Nommé juge de paix au Maroc, il s’intéressa à l’ethnographie marocaine et mourut à Rabat.
[2] Le catalogue de l’exposition du Centenaire de Mistral mentionne des œuvres de Ferdinand Pertus mais aussi d’Enry Pertus de Paris.
[3] MAURIAC (François), Vie de Jésus, illustrations en couleurs de F. Pertus, Paris, Edition d’art Piazza et Flammarion, 1942. L’ouvrage 23 x 17, 234 pp., comprend 22 illustrations dont 4 en hors-texte et 16 en bandeau.
[4] CHAUVET (Maurice), Itinéraire aux pays d’Oc, Paris, Montpellier, Nîmes, 1947-49-50 Seul le premier volume, Fleuve d’or… route enchantée, a été illustré par F. Pertus.
[5] Une grande partie de son œuvre picturale se trouve au musée de Toulon. Un livre très illustré lui a été consacré par Gaston MALHERBE en 2008 : « Henri Pertus, le bonheur de peindre ». Il a été publié par le Comité des Arts et de l’Image, 17 boulevard Eugène Pelletan, 83000 Toulon.
[6] MADELIN Louis, Jeanne d’Arc et le rétablissement de la France, Saint-Félicien, au Pigeonnier, 1943 - JUDLIN Nouno, Sainte Sara la brune, Lyon, 1948 – Le Temps de la poésie, Essais. Témoignages. Poèmes, Tunis Ed de la revue Périples, 1948 – DELAVOUËT Max-Philippe, Uno pichoto tapissarié de la mar, Salon, Rimbaud, 1951 – DUBRANA-LAFARGUE Cécile, Le Trésor des danses provençales, tome 1, Avignon, Roumanille, 1955 – Pouèto prouvençau de vuei, Poètes provençaux d’aujourd’hui, (textes réunis et présentés par Barthélémy A. Taladoire, Aix-en-Provence, Groupamen d’estudi prouvençau, 1957 - JOURDAN Bernard Douleur d’airain, roman, Paris Fayard, 1963 - JOUVEAU Marius, Pouemo francescan, Aix-en-Provence 1982 35p .
©Eric Blanc, 2013
| Contact | Les nouveautés | Plan du site | Mentions légales | Suivre la vie du site RSS 2.0