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La Mourrejado de l’Estaco

Une réunion de voiles latines, dans le port de l’estaque. Elle est la doyenne de ces rassemblements, elle en est devenue une référence.

Tout à coté des Jouteurs, qui transforment leur local en sacristie pour la messe de ce samedi en l’honneur de Saint Pierre ès Liens "Lei pescadou de l’Estaco" organisent eux aussi ce matin une manifestation : "La Mourrejado de l’Estaco". Le mourre est le museau, la mourrejado est le nom donné à un banc de thons qui crève la surface de l’eau, signe du début de la pèche, l’estaque était bien un village de pécheurs. Au temps des voiles blanches, le port était empli de barquettes marseillaises, bettes, tartanes et mourré dé pouarc tous tournés vers cette activité. La mourrejado a été le premier rassemblement de voiles latines et est devenu, sous l’impulsion de la société nautique de l’Estaque, un incontournable, une référence dans ce type de regroupement. On trouve aujourd’hui ammaré au quai les participants de l’année qui arrivent l’un après l’autre. L’André Jean, le Monte-Christo, la Marie Louise, la Mimi, la Bonne Mère, le Toucan... Certains étaient déjà ici, propriété de la société nautique, les autres arrivent par la route, comme Flaminda la barquette marseillaise dont le port d’attache est Serre Ponçon. Les derniers sont venus par voie de mer, les plus lointains visiteurs viennent du Cros de Cagnes, si l’on exclue évidemment ceux que tous iront chercher cette après midi, de retour de la manifestation Brest 2008.
Pour l’heure, il est temps d’arborer toutes ces coques. Tartanons, bettes, barquettes marseillaises, barques catalanes et corses montent tour à tour leur gréement. L’occasion de discuter avec ces passionnés, qui ont su et pu sauver leur bateau. La doyenne du jour est une barquette marseillaise de 1899 classée aux monuments historiques "Marie-Louise". Histoire de coeur que cette barquette, un vieux pécheur est allé la voir au Martègue, au "Miroir aux Oiseaux" le coin réservé aux pécheurs. La coque était en mauvais état, mais le vieux accompagné de son beau-fils l’achète. Nous sommes alors en 1963. Les deux marins ramènent le bateau à l’Estaque, par le tunnel du Rove encore ouvert, le vieux à la barre, le jeune écopant tant et plus avec une marmite. Il était temps, une semaine de plus et la voute du tunnel s’effondrait, fermant à jamais ce mythique passage. La Marie Louise, son gréement latin et son De Dion Bouton de 1922 est sauvée par les années de travail appliqué de deux hommes... Une jolie histoire comme souvent sont celles des vieux gréements. Trucculentes histoires de pécheurs marseillais aussi pour certains. La plus fantastique est celle du Monte Christo, le tartanon de la société nautique. Même s’il n’est pas barré par le Capitaine Achab, il n’en a pas moins péché le cachalot dans la rade de Marseille. Le cétacé avait du suivre un banc de thons, il s’est perdu dans la rade. Le Monte Christo et quelques batons de dynamite en ont eu raison.

Quelques histoires plus tard, tous ont monté leur gréement, ils disparaissent pudiquement derrière la digue, le temps d’un souffle de vent. Le vent des demoiselles vient caresser et gonfler ces voiles depuis longtemps disparues des ports modernes. Un petit tour, sans compétition, moment de pur plaisir, une après midi d’été.

samedi 13 septembre 2008, par Eric Blanc, Magali Blanc

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©Eric Blanc, 2013
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