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Foire aux Chevaux 2014

Fourques

dimanche 14 septembre 2014, par Magali Blanc, Patricia Disset


Il y a quelques années en arrière, la laine mérinos d’Arles était une matière première très recherchée. D’excellente qualité, les utilisations de cette laine allaient du manteau qu’affectionnaient et qu’affectionnent toujours nos arlésiennes en passant par la couverture pour l’armée. Le panel était large, le commerce florissant. En Provence et plus particulièrement en Pays d’Arles, la race mérinos compose la quasi-totalité des troupeaux. Elle provient du croisement continu, depuis la fin du 18ème siècle, de l’ancienne race la Cravenne avec le mérinos d’Espagne dont la qualité de la toison était célèbre depuis la plus haute antiquité. Dans les élevages du pays d’Arles, en Crau notamment, lorsque le temps de la tonte était venu, les équipes de tondeurs animaient la cour des mas.
La tonte se déroulait principalement de fin mars aux premiers jours de mai. Les tondeurs parcouraient les plaines de Crau et de Camargue ainsi que les Alpilles. Leur sac contenait quelques affaires et la meule, destinée à l’affûtage des ciseaux de tonte qu’on appelait aussi des « forces », était chargée sur un charreton.
Deux grands jours de foire permettaient aux éleveurs de louer les équipes de tondeurs : le mercredi du carnaval à Salon de Provence et le samedi suivant à Arles. Les tondeurs qui cherchaient à entrer dans une équipe portaient, ce jour-là, en signe de reconnaissance un brin de laine à la boutonnière.
La tonte se déroulait sur une aire, particulièrement préparée et maintenue propre pour ne pas souiller la laine, appelée « batadou » où les bêtes étaient alignées, les pieds liés. La coupe se faisait selon une technique très précise pour se terminer par le ventre puis les pattes de derrière. La toison était ensuite pliée et roulée sur place par une « noueuse ». Les plus habiles des tondeurs pouvaient tondre jusqu’à 60 brebis par jour…

La tonte était un peu la fête du troupeau. Les repas préparés pour toute l’équipe étaient particulièrement copieux et animés et l’on entendait dans toute la plaine les sonnailles et les redons. Les tondailles donnaient lieu à des réjouissances qui se prolongeaient plusieurs jours et auxquelles participaient tous les voisins.

La laine, une fois récoltée, est nettoyée des impuretés puis roulée en « meules » et transportée pour être vendue aux enchères par adjudication en un seul lot par propriétaire.
Lavée, cardée, pour donner des produits rustiques comme les tapis ou certains draps servant à l’armée pour les uniformes, peignée pour obtenir des produits fins, la laine demeure une matière essentielle avec laquelle on fabrique les matelas, on fait des couvertures, des draperies et des tricots ainsi que des châles et nos célèbres manteaux d’arlésienne.

Au 19ème siècle, elle a fait la fortune des éleveurs, car la taille importante des troupeaux était la seule en France adaptée à l’industrie lainière et les industriels s’empressaient autour des laines d’Arles dont les prix étaient parmi les plus élevés. La mémoire collective raconte que certains éleveurs gardaient alors la queue longue à leur brebis, car en vendant la laine, ils arrivaient à payer leurs frais de montagne. Il ne fallait rien perdre de ce produit lucratif. A tel point que certaines tricotent la laine directement sur le dos des brebis.

De nos jours, tout à bien changé, et c’est pour que la mémoire ne se perde pas dans la mondialisation, qu’aujourd’hui nous faisons revivre à travers cette matinée, le temps de la tonte. Le rémouleur, les tondeurs, les bergers, les cardeuses, les matelassiers... vous montrent des outils dont on se servait alors pour effectuer les métiers liés à laine. Les spectateurs sont étonnés de découvrir tous ces vieux outils ainsi que leur utilité. Les ânes, les brebis, les charretons et charrettes, chargés de victuailles, de foins, de petits animaux de fermes nous rappellent un monde où il fallait vivre, en quasi autarcie. Le "fait maison" si à la mode de nos jours dans des revues ou émissions très en vogue n’ont rien inventé. Nous nous souvenons de ce temps, pas si lointain de cela, où dans les cours des mas il y avait le temps de la tonte.


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