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Cacaraca

dimanche 14 mars 2010, par Eric Blanc


Quelque part un jour...
Un gamin regarde travailler son grand-père, dans l’atelier au dessus de la maison. Varlope en main, celui ci rectifie une pièce de bois. Lentement, patiemment, jugeant du travail en caressant de la main ce morceau de bois qui a tellement changé depuis le matin.

Il explique, parle presque à voix basse, plus pour lui que pour le gamin ?...
Le gosse ouvre de grands yeux, conscient d’être confronté là à de puissants secrets...

- Tu veux essayer ?
- Ravi, le gosse se lève et attrape tant bien que mal l’immense instrument, corrigé par le papé souriant à demi.

Et il se lance, d’un geste franc, comme un grand et se tanque...

Ouhla...

Et le grand père de lui expliquer ce qu’il faut regarder, sentir, toucher. Comment tenir la varlope, comment la lancer sans trop la contraindre, un peu tout de même...
Le sens du bois, ses aspérités, son fil... et tant encore. Il transmet ainsi un peu de son savoir, patiemment acquis. Le gosse écoute, apprend.

Là est la tradition. Un savoir transmis entre générations.

Trente ans plus tard, le gosse devenu homme se souvient de la façon de tenir la varlope, et de la façon d’identifier le fil du bois, dans quel sens le prendre. Ce qu’il a oublié c’est si ce jour là son grand père lui a parlé en français ou en provençal...

L’important était dans le travail du bois, la langue n’était que le vecteur du message.

Aujourd’hui, le Provençal est "sérieusement en danger". Selon l’atlas interactif des langues en danger dans le monde il n’est plus pratiqué que par 150000 personnes.

Mais de quel provençal s’agit il ?
Voila une question sur laquelle nous reviendrons...

Il y a en effet un schisme entre un Provençal dit Mistralien ou Rhodanien, et un Oc provençal dit à graphie classique...

Débat d’experts qui tous se réclament de Mistral. De quoi perdre les néophytes et tous ceux qui " voudraient apprendre" mais ne se retrouvent nulle part, et finalement ne font rien de peur de faire mal.

Le drame est que ces experts parlent d’Histoire (avec un grand H), de lexicographie, de linguistique, et d’un tas d’autres choses encore visant à justifier leur propre approche.

S’ils étaient seulement sortis de leur bulle, de leur bibliothèque poussiéreuse, ils auraient réalisé que les gens se foutent de savoir qui a raison et qui a tord.

La Langue est à l’image de la religion, quelque chose de viscéral. Convaincre les gens qu’ils doivent apprendre l’occitan parce que leur langue est un dialecte qui s’inscrit dans quelque chose de plus grand est une ânerie. Tout comme est une ânerie le fait de justifier ce choix en leur expliquant que l’Occitan et le Provençal sont si proches que les uns peuvent comprendre les autres... Soyons clairs, si tel est le cas, pourquoi vouloir leur faire apprendre autre chose que le provençal qu’ils ressentent comme une partie d’eux même...

Bref, je ne cherche pas à entrer dans une polémique, d’autres le font mieux que moi.

En revanche...
J’ai moi aussi mes idées. J’ai été profondément choqué par les propos des responsables des différentes associations de défense lors de la manifestation de Carcassonne. Je ne reviendrai pas sur ce qui m’a heurté, je vous laisse vous faire votre propre opinion, nous avons mis à votre disposition les discours de ce jour là [1].

Tous placent la défense de la langue en tant que combat, lutte...

Je citerais bien Mistral en retour, pourquoi pas, tout le monde semble le faire :
« Uno lengo, en un mot, es la revelacioun de la vido vidanto, la manifestacioun de la pensado umano, l’estrumen subre-sant di civilisacioun e lou testamen parlant di soucieta morto o vivo. »

Je pense profondément que la défense de la langue doit passer par la culture pas le combat.
La langue est le vecteur de l’information. Il est important de ne pas oublier cette notion. Changer le vecteur ne revient pas à changer l’information. La langue provençale peut disparaitre, elle ne fera pas disparaître la Provence. En revanche cette langue provençale est une composante de la Provence. Perdre cette langue serait perdre un des aspects de ce terroir. Le mot engano peut disparaître sans pour autant faire disparaître la Salicorne. On pourrait d’ailleurs tout autant faire disparaître ce nom vernaculaire pour lui rendre sa véritable dénomination latine qui nous permettrait enfin de différencier convenablement la Salicornia europaea de la Salicornia herbacea ou de la Salicornia stricta.

- Arrête tes conneries, c’est des engano...
C’est pas faux...

Et si...

Le provençal est en danger. Et c’est la faute des Provençaux, pas de l’Etat, des nissarts, bearnais, occitans, catalans, corses ou bretons. Le Provençal est en danger parce qu’il est de moins en moins utilisé. Et quand il est utilisé, il ne se passe pas 10 minutes sans que quelqu’un dégaine du Mistral, d’Arbaud, Roumanille, Baroncelli...

Je m’émeuvais récemment, lors d’un forum sur les langues régionales à Chateaurenard [2] de l’age moyen des défenseurs du Provençal. J’ai osé dire que tel qu’il était pratiqué, le provençal sentait la naphtaline et la poussière.

Sacrilège. Je me suis entendu dire que j’avais dit qu’il fallait dépoussiérer Mistral et qu’il ne fallait pas dire cela. On ne dit pas qu’il faut dépoussiérer Lamartine ou Baudelaire.
Non, c’est vrai... Juste une précision, on ne me sert pas du Courteline/Lamartine/Baudelaire chaque fois que je parle français, et je ne n’ai pas dit qu’il fallait dépoussiérer Mistral, j’ai dit qu’il ne fallait pas en parler, nuance.

Toute l’idée est là. Le provençal doit retrouver son statut de langue vivante et son rôle de vecteur de l’information. Pourquoi ne pas aborder des sujets modernes en Provençal. La première et la seule raison qui pourrait être avancée est le manque de locuteurs rendant la chose difficile.

Une fois de plus la tradition est "l’ Action, la façon de transmettre un savoir, abstrait ou concret, de génération en génération par la parole, par l’écrit ou par l’exemple"

Soit, vivons dans la tradition, les sujets seront modernes et le vecteur puissamment identitaire.

Il y a loin de l’idée à sa réalisation. Toute la différence entre le "yaka" ou le "fokon" et ceux qui œuvrent.

Cacaraca

Cacaraca http://www.cacaraca.fr/ est un blog en lengo nostro

Pour donner naissance à Cacaraca, il faut un peu des idées, mais surtout des rédacteurs. Monter un site est une chose, le faire vivre une autre.

Cacaraca est né de la collaboration entre "Tradicioun" et "Lou Prouvençau à l’Escolo".

Il poursuit sa route seul, au gré des contributeurs qui l’alimenteront.

Cela fonctionnera certainement, si vous le décidez. La justesse du raisonnement ayant conduit à cette naissance se mesurera à l’aune de la fréquence de vos visites, de votre intérêt. Créez le Buzz, faites en la promotion, venez lire les contributions, envoyez nous des lecteurs.

Osco
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1 Message
  • Cacaraca 14 mars 2010 14:39, par Nicole Niel

    Je trouve cette idée très positive et je suis sûre que beaucoup de jeunes vont adhérer à cette formule et venir sur ce blog... que malheureusement je ne fréquenterai pas car je ne parle pas la lengo nostro. A mon grand regret d’ailleurs , car j’utilise couramment des mots de patois ou de provençal sans même m’en rendre compte. Pour moi ce sont les seuls qui disent précisément ce que je veux exprimer ! Mais ça s’arrête là !!!! Allez les jeunes... faites la vivre notre langue, avec l’accent de chez nous, il faut en être fier plutôt que d’en avoir honte comme certains !!!!! Je suis de tout coeur avec vous !!!! Nicole NIEL

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