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Saint Marcel et les Tripettes

dimanche 18 janvier 2009, par Eric Blanc


La légende veut que...

Saint Marcel était évèque de Die au Ve Siècle. Au crépuscule de sa vie, il partit compter au Pape ses réalisations. Une dernière fois.

De retour de Rome, le vieil homme fait une halte à Montmeyan, au monastère de Saint Maurice. Il n’en repartit pas, y fut enterré. Ayant été l’auteur de nombreux miracles, il fut cannonisé. Durant de longs siècles son tombeau fut vénéré, puis presque oublié. Dans cette abbaye en ruines il apparait un soir au dernier gardien des lieux pour demander une sépulture plus digne. Deux villes se disputent alors la récupération des reliques du Saint Homme. Aups est elle plus près ou est ce Barjols ?... La question est tranchée par un groupe de Barjolais qui viennent s’emparer des reliques un 17 janvier 1350.

Le groupe ramenant les reliques tombent sur des femmes en train de laver les tripes d’un boeuf. La rencontre est déterminante, et va sceller le destin de ce jour de Janvier.

Le boeuf est abattu pour commémorer le destin funeste d’un boeuf qui avait été trouvé à l’intérieur des murs durant un siège qui conduisait la ville à la famine.

Les porteurs de reliques et les femmes portant les tripettes forment un cortège qui les conduit en ville sur le refrain "Sant Macèu Sant Macèu leis tripetos vendran lèu". Pour les siècles à venir la fête religieuse vient de s’allier à la fête paienne.

Aujourd’hui encore, le boeuf traverse la ville le samedi. Il est béni, puis abattu et roti sur la place publique.

La fête a subi des facéties au cours du temps, s’est peu à peu transformé. Mais les Barjolais ont su conserver l’essentiel. Si la petite Saint Marcel néglige le boeuf, tous les trois ans le village sort le grand jeu. Le boeuf est bien présent, et mis en broche le dimanche matin.

Le pittoresque de cette fête est sans nul doute le mélange qui a su unir les deux traditions en une même communion. Le matin du dimanche, la collégiale Notre Dame de l’assomption reçoit des fidèles, qui viennent prier. L’église est pleine, le parvis également. Et la messe se termine par un cantique. Mais celui là... est extraordinaire. Le Cantique traditionnel de Saint Marcel à neuf couplets.

Le refrain :

Sant Macèu Sant Macèu
Lou Bèu jour qu’es notro festo
Sant Macèu, Sant Macèu
A Barjou rén de tant bèu

est suivi de la danse des tripettes. Et quelle danse : du choeur, au chapitre, de la nef au parvis, et plus encore dans toutes les rues du village jusqu’au fin fond des bars, l’ensemble du village se met à sautiller au son de cette danse. Qui oserait imaginer messe se terminant ainsi, le prêtre sautillant de bon coeur au son des cuivres...

La messe finie le saint entame sa procession qui l’emmène à la rencontre du boeuf à l’autre bout du village. Les groupes folkloriques ouvrent un cortège, suivis par le corps de Bravade emmené par le Capitaine de Ville, le Capitaine de Troupe, l’enseigne et le major de l’enseigne qui précèdent la Chasse. Dans toutes les rues les Salves des bravadaires saluent le passage de Saint Marcel.

Et toujours après les Salves la danse. Et tous y participent sans restriction.

Le Saint est ramené à la Collégiale, le bœuf accompagné jusqu’à la broche en place publique. Un simulacre aujourd’hui, raisons sanitaires obligent. Il n’en a pas toujours été ainsi, le bœuf étant alors distribué cuit le lendemain aux volontaires ayant œuvré pour la réussite de la fête.

L’après midi, lou Roudelet dei Mielo execute quelques danses, et les gardians, fidèles participants de la fête depuis plus d’un demi siècle font une démonstration de leur talent sur un terrain plus que piégeux. Les jeux Gardians ont été créés dans le sable de Camargue, et le bitume n’est pas un sol très pratique pour faire la démonstration du tempérament des Chevaux.

Tout cela avant de retrouver un coté plus liturgique avec les vêpres en fin de journée.

Une fête vraiment à part : L’indicible élégance de nos Arlatenco, le bœuf embroché, le prêtre qui danse, les Mailhan qui s’amusent, les Salves de mousquets et pétoires, le village qui sautille sont autant d’images d’Epinal qui méritent un détour par le Haut Var...


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